Socrate en liberté

01 juin 2019

DÉDICACE - À ELENI

SOCRATE_Gravure

 

À Eleni.

Si fière de son Socrate et qui ne lira probablement jamais ces lignes. Pour avoir pris tous les risques, défigé mon sang avec tes baisers, ton cul furieux, ta vitalité d’orage boréal. Mon Ariane. Tu m’as ramené vers les vivants. Thésée fidèle à sa légende, s’est conduit en parfait crétin. Σε αγαπώ !

Posté par socrateenliberte à 00:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


DIALOGUE: LES BERGES DU CIEL

Odos : Te sens-tu libre, Socrate ?

Socrate : Comme une truite !

Odos : ... Une... truite ??

Soc : Oui pourquoi pas ?

Odos : Je m’attendais à plus exaltant. Libre comme un aigle, libre comme un merle à tout le moins, m’eût semblé plus seyant.

Soc : Est-ce vraiment si différent ?

Odos : Tout de même ! La rivière où vit la truite, a de droite et de gauche, et vers l’amont et l’aval, des limites !

Soc : C’est bien observé je le reconnais. Tandis que le ciel... ?

Odos : Tandis que le ciel... le ciel. Oui bah ça va, j’ai compris.

 

 

2-1

Posté par socrateenliberte à 00:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

PROPOS LIMINAIRE: LOGOS SOKRATIKOS

J’ai la dent dure.

Peu nombreux sont celles et ceux qui méritent à mon sens, qu’on les appelle amoureux de la sagesse, ou comme on dit : philosophes. Personne en tout cas, qui en revendique le titre. Et ça en fait du monde…

Il me paraît plus juste de qualifier ceux-ci, plutôt qu’ « amoureux de la sagesse », d’ « amoureux de la pensée ». Mais je crains fort que la confusion, sur ce sujet comme sur tant d’autres, soit à peu près totale.

Socrate, qui par ailleurs se gardât bien de prétendre être autre chose qu’homme honnête en paroles comme en actes, fait-il partie des gens « fréquentables » ? Il ne serait pas le premier à être cité en exemple à tout bout de champ, sans que personne ou presque n’ait pris la peine de l’écouter avec attention. Ni n’ait considéré sérieusement ce qu’implique ledit exemple. Il n’a rien écrit, rien bâti pour la postérité. Il disait ne rien savoir. Il entendait des voix. Alors quoi ?

Entre les témoignages parcellaires et partiaux, et le flou qu’ils ont laissé en héritage, ce n’est qu’entre les lignes que nous pouvons espérer le rencontrer. Je posai comme hypothèse plausible qu’il existe un écart entre ce que Socrate fût, et ce qui en a été retenu. Dans cet écart – pardon, ce gouffre - je me suis glissé. C’est dans cet espace qu’il me fait l’amitié de me rendre visite.

Il vient certains soirs, à la tablée solitaire

Il vient comme il est, comme il est il se perd.

Il vient comme une idée, une du genre que je préfère : difficile à attraper.

On boit des coups, on rit, il parle, je retranscris (pas toujours dans cet ordre). Ce qui place le présent récit dans la plus pure tradition des Logoi Sokratikoi, les dialogues socratiques, reconnu comme genre littéraire à part entière depuis Aristote.

Que vous lisiez ou non ce qui va suivre, « sachez bien que nul d’entre vous ne connaît cet homme. » (Platon, Banquet)

Dernière chose avant de lui laisser la parole : « Socrate en liberté » sonne un peu comme « les fous sont lâchés ». Ce n’est pas tout à fait innocent.

Posté par socrateenliberte à 00:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

07 juin 2019

HANTE ICI, SOCRATE!

On n’habite pas impunément les légendes d’un peuple, pendant si longtemps.

Est-ce la ciguë que je digère mal, ou le goût plus fort encore, de l’inaccompli, qui me retient ici ? Je ne suis jamais parti vraiment. Je suis toujours là. Sans trop savoir pourquoi.

Mais pourquoi pas ? La simple flamme d’une bougie si elle est fixée trop longtemps, laisse même éteinte une empreinte tenace. Moi j’étais hanté, par une flamme inextinguible. Ne soyez donc pas surpris si, bien qu’ayant fait sa sortie, vous voyez à la tombée du jour le hanté hanter à son tour ! Juste retour de balancier.

De mon vivant déjà quelques indices troublants me rendaient incertain d’exister vraiment, et si j’en juge par la diversité des interprétations que ma personne a laissée dans les mémoires, je ne suis pas le seul ! Socrate est foule…

J’étais ce visage laid, forcément laid, ce trouble-fête qui déambule aux carrefours, à la seule fin de brouiller le reflet des certitudes. Me voilà esprit qui passe, non, moins encore : vapeur, qui condense en buée sur le miroir entre vôtre âme et le monde sensible. Non point par malice. C’est l’unique moyen dont je dispose pour rappeler la présence du miroir. En ai-je jamais eu d’autre ? Voici que finalement je donne raison à ce coquin d’Aristophane : Socrate est nuée…

Mais voilà, l’on s’émeut facilement. A la moindre chaleur elle s’évapore, et tout est à recommencer. Rien n’est dit qui n’ait déjà été dit des millions de fois. Pourtant – fol entêtement à refuser l’extinction définitive des lumières ! – pourtant, je ne crois pas que cela soit tout à fait en vain.

Posté par socrateenliberte à 00:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

UN DERNIER POUR LA ROUTE

Je ne prétends pas n’avoir pas éprouvé quelque amertume. Mais j’ai pris la coupe sans trembler. Quand tout est consommé à quoi bon tergiverser ? Certains fort rares ont crié : tragédie ! Amis qui du fond de votre indignation désœuvrée jugez bon de me pleurer, loin de moi le désir d’abonder votre peine : je ne vois ici nulle tragédie. Un vieil homme s’efface, les oiseaux chantent. Pardon mais... comme apogée cathartique on a vu mieux !

S’il vous reste un petit quelque chose de ma présence, un pas de recul, un rien de lucidité… un peu d’humour ! Buvez d’abord à ma santé. Pissez bien. Puis considérez je vous prie, cette fin pour ce qu’elle fut : une bonne farce.

Posté par socrateenliberte à 00:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


08 juin 2019

A L'AISE, BLAISE!

Tout ce silence... ce n’est pas pour me déplaire.

Moi qui ai tant parlé, parlé, parlé.

Parlé pour éclairer les ruelles sombres,

Pour désacraliser le vice.

Parlé quand rester coi, eût été être complice.

Parlé là où hypocrisie, fatuité et vacuité,

Avaient seules droit de cité.

J’aurais aimé, avoir plus d’occasions de me taire.



Le silence éternel des espaces infinis me sied.

Posté par socrateenliberte à 00:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

DIALOGUE: LE DOUTE EST INSOUMISSION

Odos : On dit de toi Socrate, que tu es un homme de conviction !

Socrate : « On » dit beaucoup de choses. Et qui donc me méjuge tant, pour médire de moi en termes si cruels ?

Odos : Médire ?? Tu fais erreur, je suis en train de te témoigner mon estime.

Soc : Et me dis-tu par là que je suis homme convaincu, ou convaincant ?

Odos : Les deux je suppose. Tu emportes souvent l’adhésion par ce que tu exprimes, voilà mon sentiment. C’est donc qu’il y a en toi une force, et cette force doit bien être celle de la conviction.

Soc : A ceci près que dans « convaincre », il y a « vaincre »…

Odos : Que veux-tu dire ?

Soc : Que « convaincre » signifie « vaincre avec ». Il y a et vainqueur et vaincu, qui se reconnaissent l’un de l’autre – en même temps note-le bien, que l’un ne saurait exister sans l’autre – par ce que le vainqueur soumet le vaincu. Si convaincre implique soumettre, c’est donc bien qu’il se cache dans toute conviction, une soumission. Et cela je ne le veux ni pour moi-même, ni pour toi. Cela te paraît-il plus clair ?

Odos : Limpide ! Socrate tu m’as conv…

Soc : Car je ne souhaite rien tant que te laisser libre. Libre même d’aimer tes chaînes si tel était ton goût.



(À suivre)

 

2-B

Posté par socrateenliberte à 00:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

LA PELLE DE LA SAGESSE

Je vous ai invités non pas à penser, ce que le dernier des sophistes peut faire sur une jambe. Produire des images est chose naturelle même pour un mollusque, nous le faisons jusque dans le profond sommeil. Nous pensons si j’ose dire, sans y penser… (ce seul constat incitera-t-il les penseurs à moins de revendications ?).

Je vous ai invités non pas à réfléchir, ce qui est à la portée de l’avant-dernier des sophistes – pour peu qu’on l’y aide – ou de la surface d’un lac par temps calme. Et l’honnêteté seule les départage…

Je vous ai invités à ne pas vous satisfaire de la surface des choses. A ne pas vous satisfaire non plus, de ce que vous pourriez trouver sous la surface.

Je vous ai invités à creuser.

 

 

2-B

 

Posté par socrateenliberte à 00:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

DIALOGUE: LE DOUTE EST INSOUMISSION (2)

Odos : J’allais dire : tu m’as convenablement exposé tes vues, et non : tu m’as convaincu...

Socrate : Ah! Tu m'as fait peur.

Odos : Mais l’argument sémantique pour pertinent qu’il soit, me paraît un peu court. Va plus avant je te prie.

Soc : Soit. Ce que je fais, dis, pense, relève d’une indiscutable sagesse divine, tu en conviendras ?

Odos : Euh...

Soc (faisant mine de s’emporter) : Allons, n’est-ce pas évident ? Je tâcherai pour cette fois de n’être point fâché, que tu sois incapable de reconnaître la vertu quand elle est sous ton nez. Mais tu ne peux faire autrement qu'admettre, au moins, que mon regard porte plus loin que le tien. Cette raison seule suffit. Dès lors, il prime, comme doit primer en tout homme soucieux de s'élever, le souci de discerner ce qui concoure à son édification. À moins bien-sûr, de préférer l'indolente moiteur de l'ignorance. Aimes-tu l'ignorance, Odos ?

Odos (avec un rien de panique) : Ben...

Soc (prenant la foule à témoin) : Ce qu’il est exaspérant ! Si ce n’est de moi, tu dois bien connaître quelque savant, docte parleur, maître artisan, ou poète ou qui sais-je, dont la science, le savoir-faire ou le talent procède d’une indépassable objectivité, d’une inspiration d’un tel absolu qu’elle subjugue, revêtant dès lors valeur universelle, toutes conditions propres et nécessaires à ce que tu remettes en leurs mains ton imperfection de mortel ? A reconnaître enfin, qu’il ne puisse être meilleure voie pour toi, que celle éclairée par leurs soins ?

Odos (écartant les bras en signe d’impuissance) : Bof...

Soc (souriant, d’une voix redevenue normale) : Donne-moi ta main, veux-tu bien ?

(Odos tend sa main avec hésitation. Socrate saisit avec délicatesse entre pouce et index, le petit doigt d’Odos)

Soc : Cette seule phalange, ami, m'est un mystère. Il se pourrait qu'elle recèle plus de sagesse que la cité toute entière. Douce musique, que celle de ce prélude à l’esprit d’indépendance. En trois mots Odos, en trois mots pas un de plus, tu viens d’ébranler tous les pensoirs.

Odos : Trois mots ?

Soc : « Euh », « ben », « bof ». Cela fait trois. Merci Odos, pour cette brillante démonstration. Je devrais te consulter plus souvent.

Odos : Ça m’a fait plaisir. Quand on peut rendre service...

 

(À suivre)

Posté par socrateenliberte à 00:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

L'OR DES FOUS (COMPTINE)

Oui je vous ai invités à creuser. Mais c’est une métaphore, je ne sais si vous... Bon, laissez tomber.

Et vous avez creusé, ça on ne peut pas vous l’enlever. Avec quelle ardeur, quel enthousiasme vous êtes-vous mis à l’ouvrage ! Un chien déterrant l’os à ronger n’eût pas mieux fait. Vous en avez déduit semble-t-il, qu’il y avait quelque-chose à trouver. Et quand on veut trouver on trouve, hélas. A la mesure de ce que l’on s’est mis en tête. Et quand on a trouvé, on veut garder…

*

Et la logique des forts parle : la terre est dure, c’est donc qu’il faut y appliquer une volonté dure.

Et la logique des pragmatiques répond : la volonté est appliquée en vue d’obtenir un résultat. Or un trou n’est pas un résultat, c’est du rien, son existence ne se justifie qu’à l’aune de ce qu’il renferme. C’est donc qu’il faut s’intéresser aux pierres tirées du trou.

Et la logique des vaniteux s’exclame : ça c’est du beau caillou ! Cet hommage à notre ardeur, mieux que le mettre en tas, mettons-le en valeur !

Et la logique des bâtisseurs renchérit : faisons un tas or-ga-ni-sé. Ces pierres nous les taillerons en blocs, avec ces blocs nous dresserons des murs...

Il nous faut plus de pierres.

Posté par socrateenliberte à 00:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

09 juin 2019

DÉDICACE - A DJEBE, DJOCHI, KADA'AN

À Djebe, Djochi, Kada’an.

Mes flèches incandescentes. Dans le profond de votre chair tuez-moi bien proprement, dispersez les morceaux, que rien ne reste qui puisse alourdir votre vol.

A mes petits-enfants, pour tout ce que je n’aurai pas le temps de transmettre. Mais rien ne se perd...

 

1-A

Posté par socrateenliberte à 00:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

FONDS DE TIROIRS: TANGO

Chaque jour

Chaque heure

Je lutte

Pour garder au rêve qui est le mien, assez de vie assez d'élan.

Je danse, avec des forces d’anéantissement immenses.

Je rêve un monde

Et ce monde

Je le porte.

 

Mon rêve est puissant. C’est le rêve d’une espèce à naître. Il ne m'appartient pas. Mais ce rêve est mon chemin, et ce chemin je l’invente à chaque pas.

 

Ceux qui portent en eux ce genre de rêve, sont liés entre eux par des liens qui n’entravent pas, des liens dont la matière est liberté, qui ne souffrent aucune frontière. Leur relation n’est pas faite de besoins.

 

(Conversations digitales 2003/2005)

Posté par socrateenliberte à 00:12 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

HOMO SAPIENS NON SAPIENSIS

Une amie m’a demandé récemment :

« Mais ce travail, il commence quand ? Quel est le déclencheur ? »

Je me suis d’abord trouvé coi, coi, quoi répondre ?

Il m’est venu ceci :

*

Cela commence peut-être, par une trahison.

Par le constat – cela peut arriver très tôt dans l’existence – que cette leçon que l’on nous a fait assimiler, et celle-ci, et puis tiens celle-là encore, nous étouffent, et nous causent du tort. Elles ne disent rien de la vie. Elles ne correspondent, à rien de rien. Fadaises, chimères et coquecigrues. Cela commence par une intuition dérangeante : et si tout ce que l’on m’avait appris jusqu’à aujourd’hui, était faux ? Cela commence là.

Alors on devient plus exigeant, plus attentif, et on entreprend de désapprendre. Et bien-sûr, on apprend d’autres choses. Ce qui se vide d’un côté, pendant un temps se remplit de l’autre. Et puis vient le jour où l’on est prêt à voir que toutes les choses nouvelles, et belles, et vastes, et pleines de sens que l’on a apprises en désapprenant – si elles nous parlent enfin de la vie, et par là nous rendent enfin vivant - sont à leur manière, fausses aussi. Et non, ce n'est pas triste ! C’est magnifique.

*

Ai-je eu tort ? Bien peu sont prêts, à vivre avec... Ce qui demande de vivre sans. Sans un savoir solide. Sans s’accrocher à du certain, comme une tique à son chien. C’est-à-dire : à vivre sans illusions. D’un autre côté, si ce n’est dans ces conditions, de quelle vie parle-t-on ?

Homo sapiens non sapiensis : l’homme conscient de ne pas savoir. Cette humanité-là, seule m’intéresse. Il se pourrait même, qu’elle seule ait un avenir.

Il faut connaître la vacuité du savoir, pour goûter la plénitude du vide.

Posté par socrateenliberte à 00:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

PASSAGER CLANDESTIN

Dire ce qui ne peut l'être…

Gros malin !

Bien-sûr que tu ne sais comment faire.

Cela ne peut advenir qu'à ton insu.

 

Passager clandestin.

 

Écho de l'envers, poussière légère.

L'écho

Est plus réel que les briques des mots.

Posté par socrateenliberte à 00:14 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

DES AILES POUR DEMAIN

Ne dis pas à l’enfant qu’il est l’avenir.

Pourquoi le charger de ce poids ?

Dis-lui plutôt ce que tu vois :

Un présent.



Extraordinaire.



Et pour le reste ?

Commence si tu le peux

Par ne pas lui raconter des salades.

 

1-A

Posté par socrateenliberte à 00:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

CARNET D'ESQUISSES: L'EAU VIVE

Naïf, est celui qui espère enfermer l’eau vive dans la coupe de ses mains.

Que dire alors de celui qui croit que ce faisant, il aura fait sienne la vérité du torrent ?

1-B

Posté par socrateenliberte à 00:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

FONDS DE TIROIRS: RETOUR AUX SOURCES

-  « Je sens aussi en moi cette tendance : celle du retour au vide, à la source. » 

 

- L’appel de la source pour moi est affaire d’instinct. Puissions-nous y mettre la même détermination que le saumon, pour lequel c’est une question de vie ou de mort. Pas forcément la sienne, d’ailleurs. La même nécessité dans l’effort, la même ruse à contourner l’obstacle, la même joie à obéir au souvenir de ce qu’il ne connaît pas encore. Puissions-nous surtout témoigner de l’amour de la rivière, qui sans compassion permet au saumon de se surmonter.

 

-  « Qui êtes-vous ? Comment avez-vous compris ce que vous exprimez ? Vos mots me semblent… comment dire ?... Ils me touchent. » 

 

- Là, je suis embêté !

Puisque je me « connais » tout juste assez pour savoir que j’ignore qui je suis, je ne puis vous proposer une identité, seulement une démarche. Je suis un homme qui tente de ne péter, ni plus haut ni plus bas que son derrière. Je suis cette vie passée à polir un esprit dans le frottement d’avec les choses, afin qu’il puisse rendre le plus grand des services à sa portée : se faire transparent...

Je suis un homme de paix, pour cela je mène une guerre sans trêve à ma stupidité crasse. Je n’exprime que ce que je vis, un lien de communication, dans l’état le plus grossier de la matière comme dans ses manifestations subtiles et surprenantes.

Je suis un chasseur de contradictions.

Je suis cet enfant reconnaissant qui marche vers sa mère, les mains vides de toute morale, honneur ou devoir, occupé seulement à être attentif.

 

- « Les mains vides de toute morale honneur ou devoir... »

 

- C’est ce que je viens de dire, oui (sourire). Cela vous choque ?

 

 (Conversations digitales 2003/2005)

 

1-B

Posté par socrateenliberte à 00:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

NOSTALGIE DU FUTUR

Ce n’est pas projet pour ce qui sera.

Ce n’est pas désir de ce qui devrait être.

Ce n’est pas hypothèse de ce qui pourrait être.

Non plus regret, de ce qui aurait pu être.

Ce n’est ni rêverie ni fantasme, ni idéal, ni espérance.

 

Nostalgie du futur ?

Pauvres, pauvres petits mots.

Oxymoron de pacotille !

 

C’est une trace peut-être, ou un appel.

Souvenir ?

Alors un souvenir si fluet,

que l’imagination peine à le capturer dans ses filets.

Souvenir sans images, et sans objet.

Une pulsation à basse fréquence, qui déchire la trame des jours.

Sensation épastrouillante d’être... ensemencé,

par ce qui est.

 

La perception linéaire du temps, d’où est déduit le principe de causalité, postule que le passé conditionne le futur. Le concept d’intrication quantique suggère que le futur modifie le passé.

 

Tous les possibles en germe.

Déjà advenus à la fois.

Deux blocs en mouvement

qui poussent

l’un contre l’autre.

Se glisser entre.

Vloup ! Être aspiré dans un instant.

D'éternité.

 *

« Il traîne dans sa chair une nostalgie puissante, sans pouvoir la nommer, car enfin peut-on être nostalgique de ce qui est à venir ? »

(Préface à: Rencontre d’une vie)

Posté par socrateenliberte à 00:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

AU MUR DES TOILETTES: SUR LA PEUR (MOTS D'ENFANT)

Une centrale nucléaire qui explose, une guerre continuant par tradition, un monde sombrant dans le chaos, des humains qui n'en sont pas, une araignée géante, une chose infinie, la Matrice, la folie humaine, la Terre qui décide que ça suffit, la Terre qui prend sur elle jusqu'à en mourir, être seule au milieu des autres, peur que ça ne soit déjà trop tard, survivre mais ne pas vivre.

 *

Mort et vie

Vie et bonheur

Bonheur, malheur et illusion

Trois chevaux galopant dans la plaine

Le vent qui glisse sur la peau

Une bouffée de vie

La peur n'existe plus.

 *

Quand notre esprit n'est plus encombré, quand on est là, tout simplement, quand on sent qu'on est au bon endroit au bon moment, quand on est dans ce fragile état de bien-être, quand on a ce petit coucher de soleil intérieur, on n'a plus aucune raison d'avoir peur.

 *

Quand il était arrivé dans cette petite ville où régnait la famine, il n'avait pas tardé à se faire accepter, puis écouter.

Quand il avait demandé pourquoi tout le monde le bombardait ainsi de questions, on lui avait dit qu'il rassurait les gens. Pourquoi ? Il l'ignorait.

Alors qu'il passait sur une butte, une voix jaillit de la foule :

- Parle-nous de la peur !

Il se tourna vers les gens. Il commençait à s'habituer à ce genre de choses.

- Toute peur rapporte à la mort, lança-t-il suffisamment fort pour que tout le monde entende. Et si nous avons peur de mourir, c'est parce que nous avons peur de vivre. C'est dans notre nature d'êtres humains. De tout temps, l'homme a eu peur de vivre.

Pourtant, toute personne a des couchers de soleil intérieurs, des moments où elle est en accord, des moments où toute peur disparaît. Quand on est dans ces moments-là, nous n'avons plus peur de vivre, et donc plus peur de mourir, et donc plus peur du tout. Vie et mort sont au fond la même chose : on ne peut pas vivre si on ne meurt pas, et on ne peut pas mourir si on ne vit pas. Dans ce que je vous donne, prenez ce que vous jugez bon, ne prenez pas le reste. Je n'ai dit que ce que je pensais vrai, mais je ne peux prétendre détenir la vérité. Celui qui dit cela est la dernière personne à écouter.

Sur ce, il s'éloigna.

 

(Kada'an, 13 ans, 2017/Textes atelier d'écriture, thème : la peur)

Posté par socrateenliberte à 00:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

QUAND LES COUCOUGNETTES SONT EN VACANCES

Qui épouse son ombre la voit enfin. Elle.

Il voit que les femelles, toutes les femelles,

Sont la moelle du monde.

Sa beauté et son mystère, sa majesté.

Sa force profonde.

Nuit étoilée.

Me couler dans tes bras.

Con su permiso, querida.

 

1-B

Posté par socrateenliberte à 00:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,