29 octobre 2018

DEDICACE - A ELENI

A Eleni.

Si fière de son Socrate et qui ne lira probablement jamais ces lignes. Pour avoir pris tous les risques, défigé mon sang avec tes baisers, ton cul furieux, ta vitalité d’orage boréal. Mon Ariane. Tu m’as ramené vers les vivants. Thésée fidèle à sa légende, s’est conduit en parfait crétin. Σε αγαπώ !

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PROPOS LIMINAIRE: LOGOS SOKRATIKOS

J’ai la dent dure.

Peu nombreux sont celles et ceux qui méritent à mon sens, qu’on les appelle amoureux de la sagesse, ou comme on dit : philosophes. Personne en tout cas, qui revendique ce titre. Et ça en fait du monde...

Il me paraît plus juste de qualifier ceux-ci, plutôt qu’ « amoureux de la sagesse », d’ « amoureux de la pensée ». Mais je crains fort que la confusion, sur ce sujet comme sur tant d’autres, soit à peu près totale.

Socrate, qui par ailleurs se gardât bien de prétendre être autre chose qu’homme honnête en paroles comme en actes, fait-il partie des gens « fréquentables » ?  Il ne serait pas le premier à être cité en exemple à tout bout de champ, sans que personne ou presque n’ait pris la peine de l’écouter avec attention. Ni n’ait considéré sérieusement ce qu’implique ledit exemple. Il n’a rien écrit, rien bâti pour la postérité. Il disait ne rien savoir. Il entendait des voix. Alors quoi ?

Entre les témoignages parcellaires et partiaux, et le flou qu’ils ont laissé en héritage, ce n’est qu’entre les lignes que nous pouvons espérer le rencontrer. Je posai comme hypothèse plausible qu’il existe un écart entre ce que Socrate fût, et ce qui en a été retenu. Dans cet écart – plutôt, ce gouffre - je me suis glissé. C’est dans cet espace qu’il me fait l’amitié de me rendre visite. On boit des coups, on rit, il parle, je retranscris (pas toujours dans cet ordre).  Ce qui place le présent récit dans la plus pure tradition des Logoi Sokratikoi, reconnu comme genre littéraire à part entière depuis Aristote.

Que vous lisiez ou non ce qui va suivre, « sachez bien que nul d’entre vous ne connait cet homme. » (Platon, Banquet)

Dernière chose avant de lui laisser la parole : « Socrate en liberté » sonne un peu comme « les fous sont lâchés ». Ce n’est pas tout à fait innocent.

 

 

Soc

 

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UN DERNIER POUR LA ROUTE

Je ne prétends pas n’avoir pas éprouvé quelque amertume. Mais j’ai pris la coupe sans trembler. Quand tout est consommé à quoi bon tergiverser ? Certains fort rares ont crié : tragédie ! Amis qui du fond de votre indignation désœuvrée jugez bon de me pleurer, loin de moi le désir d’abonder votre peine : je ne vois ici nulle tragédie. Un vieil homme s’efface, les oiseaux chantent. Pardon mais... comme apogée cathartique on a vu mieux !

S’il vous reste un petit quelque chose de ma présence, un pas de recul, un rien de lucidité… un peu d’humour ! Buvez d’abord à ma santé. Pissez bien. Puis considérez je vous prie, cette fin pour ce qu’elle fut : une bonne farce.

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HANTE ICI, SOCRATE!

On n’habite pas impunément les légendes d’un peuple, deux millénaires et des poussières durant.     

Est-ce la ciguë que je digère mal, ou le goût plus fort encore, de l’inaccompli, qui me retient ici ? Je ne suis jamais parti vraiment. Je suis toujours là. Sans trop savoir pourquoi.

Mais pourquoi pas ? La simple flamme d’une bougie si elle est fixée trop longtemps, laisse même éteinte une empreinte tenace. Moi j’étais hanté, par une flamme inextinguible. Ne soyez donc pas surpris si, bien qu’ayant fait sa sortie, vous voyez à la tombée du jour le hanté hanter à son tour ! Juste retour de balancier.

De mon vivant déjà quelques indices troublants me rendaient incertain d’exister vraiment, et si j’en juge par la diversité des interprétations que ma personne a laissée dans les mémoires, je ne suis pas le seul ! Socrate est foule…

J’étais ce visage laid, forcément laid, ce trouble-fête qui déambule aux carrefours, me voilà esprit qui passe, non, moins encore : vapeur, qui condense en buée sur le miroir entre vôtre âme et le monde sensible, à la seule fin de brouiller le reflet des certitudes. Non point par malice. C’est l’unique moyen dont je dispose pour rappeler la présence du miroir. En ai-je jamais eu d’autre ? Voici que finalement je donne raison à ce coquin d’Aristophane : Socrate est nuée…

Mais voilà, l’on s’émeut facilement. A la moindre chaleur elle s’évapore, et tout est à recommencer. Rien n’est dit qui n’ait déjà été dit des millions de fois. Pourtant – fol entêtement à refuser l’extinction définitive des lumières ! – pourtant, je ne crois pas que cela soit tout à fait en vain.

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DIALOGUE: LES BERGES DU CIEL

Odos : Te sens-tu libre, Socrate ?

Socrate : Comme une truite !

Odos : ... Une... truite ??

Soc : Oui pourquoi pas ?

Odos : Je m’attendais à plus exaltant. Libre comme un aigle, libre comme un merle à tout le moins, m’eût semblé plus seyant.

Soc : Est-ce vraiment si différent ?

Odos : Tout de même ! La rivière où vit la truite, a de droite et de gauche, et vers l’amont et l’aval, des limites !

Soc : C’est bien observé je le reconnais. Tandis que le ciel... ?

Odos : Tandis que le ciel... le ciel. Oui bah ça va, j’ai compris.

4-1

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DEDICACE - A FLORIA

A Floria.

Spécimen rare de louve-hérisson. Mon aiguillon, qui connaît mon cœur quand ma tête est malade.  Pour ne m’avoir permis aucun refuge, pour m’avoir raboté jusqu’à l’os afin que j’apprenne ce que léger signifie. Pour les enfants éblouissants que tu as mis au monde. Pour le rire la tendresse la rage et le vent dans les voiles. Qu’il est sportif notre chemin d’amour.

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CARNET D'ESQUISSES: EXPLIQUER

Toute explication qui vise à encourager l’envol de l’esprit plutôt que son engourdissement, ne vaut que par l'invitation qu’elle contient à être dépassée.

 

 

 

Fractale

 

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FONDS DE TIROIRS: PREMIERS ECUEILS

- « ... Alors dis-moi, comment l’expliquer ? »

 

- Ahah, expliquer...

Je pense que tu es la seule à pouvoir le faire.

Car l’explication née d’un autre et si pertinente soit-elle, ne pourra que nourrir cette partie de toi dont le rôle est de faire obstacle à la compréhension.

 

Et l’explication née de toi ?

A première vue tout autant aliénante elle est pourtant seule valable à mes yeux. Car la seule dont tu puisses accepter d’entendre finalement, en enjambant tes peurs, qu’elle n’explique rien.

 

***

 

Comprendre: un point de vue personnel sur le sujet.

 

J'ai renoncé à l'espoir de comprendre. J'ai renoncé à la croyance même en la compréhension.

J'ai renoncé à comprendre, et je dois comprendre. Cela je l'ai accepté.

 

***

 

Pourtant il faudra se faire une raison. (sourire)

Comprendre n’est pas saisir mais capter l’éphémère parfum d’une relation.

Difficile d’embrasser si nous gardons nos petits poings serrés.

 

(Conversations digitales 2003/2005)

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L'ECRITOIRE

Que signifie : acte égoïste ?

N’est-ce pas d’abord pour soi que l’on écrit ?

Et je m’aperçois - c’est une bonne chose - que je n’en attends aucune réaction particulière. Il m’importe assez peu d’être lu. Et j’espère presque n’être pas lu trop bien.

L’écriture comme exercice physique. Cœur qui bat, corps en mouvement. Levier. Point d’appui. Faire circuler le sang.

Un seul obstacle : si c’est uniquement pour moi - un moi rendu alors absurde de ne concerner que lui-même... je suis bien-sûr incapable d’écrire un traître mot.

La littérature solitaire m’inspire aussi peu que certaine autre activité qui doit aussi beaucoup à la force du poignet, mais ne prend sens et fruit que quand à deux, c’est au trois qu’on la dédie.

Pour ces raisons, et pour la nécessaire rigueur, seule propre à contraindre une paresse qui ne me laisse aucun loisir, je prends le parti, lecteur, d’imaginer votre existence.

Ce Blob est une tentative de clarification. Un chantier en mouvement pris sur mon temps de sommeil et qui durera... ce que dureront les Ides du témoignage, de la transmission, et du grand ménage.

Il procède aussi d’une ambition secrète, sans mesure : une tentative de poésie. Nul péril à l'avouer attendu que la poésie – du grec poiein : créer – ni vous ni moi ne savons ce que c’est vraiment.

 

Sous cette forme ou sous une autre. Jusqu’à ce que l’hiver, soit là.

1-1

 

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LES BOUTS QUI DEPASSENT

Constat : des personnages retenus par l’histoire, de ceux qui laissèrent une trace, anecdotique ou considérable, il en est quelques-uns que j’ai pu trouver inspirants, pour des raisons diverses. De ceux-ci il n’en est pas un – pas un – qui ne puisse être considéré fou au sens où notre société l'entend. Hors cadre. Grâces leurs soient rendues pour cela.

Grâces leurs soient rendues pour leur conformation inhabituelle, qui les préserva des petites boîtes bien proprettes qui leurs étaient destinées, qui les en préserva même une fois portés en terre, quand tant d’autres supplièrent pour y être enfermés de leur vivant.

 

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