10 décembre 2018

LE TEMOIN QUI N'AVAIT PAS VU L'ACCIDENT

Une pensée pour toi, messager de la Bonne Nouvelle. Vaillant prosélyte des dimanches gris, qui du temps où j’avais une porte vint ébranler mon huis.

Vaillant oui, tu l’étais. J’ai dit si tu veux sauver mon âme il va falloir marcher, c’est le prix. Des heures dans la montagne, avec ton acolyte costumé de frais, tu suis. Les pieds gelés dans la neige qui craque comme du biscuit. Il fait -20. Deux témoins cuits à point.

 

2-2

 

De quoi parlons-nous, Royaume, virginité, rédemption ? Ce n’est pas important. Désireux d’apprendre de toi autre chose que du bruit, j’écoute moins tes mots que leur petite musique. Bien qu’à la première seconde tu aies déjà beaucoup dit. Si plus que ton visage je regarde ton ombre, c’est que je cherche un démenti à cette impression. C’est qu’à la première seconde je t’ai vu. Dans un son.

Avant de venir à mon seuil, tu claques ta portière. C’est de cette façon d’abord, que tu te présentes à ma conscience. Un claquement de portière. Une onde de brutalité ordinaire, qui brise la pureté de cristal de cette après-midi de janvier. Une onde de brutalité négligente qui traverse la pierre et le bois, et l’étoffe et les os, et fait fuir les mésanges à ma fenêtre. Un son lourd, impérieux, qui s’imprime dans l’air comme la violence d’un coup s’imprime dans la chair.

 

C’est le gong au portique du temple, dont la voix porte jusque sous la peau du monde.

C’est l’onde concentrique qui suit le plouf du caillou dans la mare, laissant accroire à l’œil aveugle – et à lui seul – que l’histoire de son voyage vient mourir sur la berge.

C’est le vol de la flèche, dont le souffle empenné renseigne l’oreille ouverte sur l’intention qui l’a propulsée, donc sur la façon dont elle touchera la cible.

 

Je me souviens avoir frissonné, comme on frissonne au son d’un gong faussé. Sais-tu, toi qui parle d’« élévation spirituelle », ce que ton geste exprime d’essentiel ? Ta façon de poser le pied au sol, de manger, de déféquer, de respirer, de vivre. Des heures dans la montagne. De tout ceci tu n’as rien démenti. Sais-tu vaillant prosélyte, la teneur du message qu’en cette première seconde tu m’envoyas, et aux mésanges, et au ciel ? En claquant ta portière, tu as dis comment tu aimais ta femme. Et par là-même, comment tu honorais ton Dieu.   

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LES PETITS MATINS FRAGILES

Une à une, les étoiles pâlissent.

Le naufrage de la conscience,

Où comment passer du Tout-est-Un

Au Tout-Eteint.

 

Tout.

Est.

Lié.

 

J’ai mal à la terre.

 

 

2-2

 

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