Une amie m’a demandé récemment :

« Mais ce travail, il commence quand ? Quel est le déclencheur ? »

Je me suis d’abord trouvé coi, coi, quoi répondre ?

Il m’est venu ceci :

 

Cela commence peut-être, par une trahison.

Par le constat – cela peut arriver très tôt dans l’existence – que cette leçon que l’on nous a fait assimiler, et celle-ci, et puis tiens celle-là aussi, nous étouffent, et ne disent rien de la vie. Ne correspondent, à rien de rien. Fadaises, chimères et coquecigrues. Cela commence par une intuition dérangeante : et si tout ce que l’on m’avait appris jusqu’à aujourd’hui, était faux ? Cela commence là. Alors on devient plus exigeant, plus attentif, et on entreprend de désapprendre. Et bien-sûr, on apprend d’autres choses. Ce qui se vide d’un côté, pendant un temps se remplit de l’autre. Et puis vient le jour où l’on est prêt à voir que toutes les choses nouvelles, et belles, et vastes, et pleines de sens que l’on a apprises en désapprenant, sont aussi fausses. Et c’est magnifique.

 

Ai-je eu tort ? Bien peu sont prêts, à vivre sans s’agripper à un savoir. Sans s’accrocher à du certain, comme une tique à son chien. C’est-à-dire : à vivre sans illusions. D’un autre côté, si ce n’est dans ces conditions, de quelle vie parle-t-on ?

 

Homo sapiens non sapiensis : l’homme conscient de ne pas savoir. Cette humanité-là, seule m’intéresse. Il se pourrait même, qu’elle seule ait un avenir.

 

Il faut connaître la vacuité du savoir, pour goûter la plénitude du vide.