Lorsque je décidai de m'atteler à cette tâche – évoquer ce voyage de la conscience et ses modalités spécifiques de navigation, que l'on appelle « voie du guerrier » - la première chose qui m'apparut clairement est que je ne savais fichtre pas comment m'y prendre. Par quel bout attraper cette immensité ? C'est immensément simple. Rien n'est plus compliqué, que de faire apparaître la simplicité.

Par jeu, je commençai une liste. J'étais tranquille, elle serait courte. Et il n'y aurait pas grand-chose à en dire. En quelques minutes, un peu effaré, j'avais dégagé une centaine de thèmes principaux, qui ont vite fait des petits, à 250 j'arrêtai net l'élevage. Je vis que je pouvais faire de chacun de ces thèmes un sujet à part entière, d'étude, de réflexion ou de méditation. Que chaque sujet appelait des développements, ouvrant d'autres horizons. Puis il me revint que je pouvais pénétrer dans la profondeur de – presque - chacun et de là corréler, établir des liens vers – presque - n'importe quel autre (ça devenait exponentiel, un vrai réseau neuronal). Ou que je pouvais les déployer, les épanouir comme un parfum de forêt, de façon que chacun enveloppe et révèle les autres. J'étais dans la panade : je n'ai pas la fibre encyclopédiste.

À la forêt, s'est ajoutée la barrière de la langue et derrière, l'océan des malentendus possibles, sur chaque mot, chaque notion et ce qui noue l'ensemble.

De l'océan, des écueils ont émergé, périlleuses concrétions de l'irrationalité de l'intellect humain, trop humain...

Rassemblant ces obstacles, j'en fis une montagne, afin de compléter le tableau. J'entrepris, perplexe, d'en faire le tour. J'ai travaillé dur, peu dormi, et tout jeté.

Le septième jour : rien. Évidemment.

Mais le septième mois (je suis un démiurge lent), une pensée est passée par là, une petite pensée de rien du tout qui vit dans la pluie. La montagne qui était en sucre bien-sûr, comme toutes les montagnes que l'on se fait, s'est mise à fondre. Pétrichore, l'odeur inimitable de la terre après la pluie. Je suis cette odeur. C'est ma seule piste.

 

3-C