Toutes les voies sacrées dont j'ai eu vent parlent, chacune avec ses mythes et symboles, d'un pouvoir propre à « l'homme ». Toutes évoquent, chacune à sa manière, la réalisation du potentiel de l'homme. Ces voies sacrées rappellent aussi, chacune à sa manière, que nous sommes membres les uns des autres. À travers les âges, toutes celles et ceux qui se sont mouillés assez loin sur leur propre voie, outre qu'ils démontrent la porosité des limites normatives, outre qu'ils témoignent par l'exemple qu'il est possible d'être un « homme meilleur », plus vaste, plus complet, plus… fidèle à lui-même, disent aussi que nul n'est réalisé seul. Parce que nous sommes membres les uns des autres. Réaliser le potentiel de l'homme, ce n'est pas seulement réaliser le potentiel d'un individu, mais réaliser le potentiel de l'humanité. D'une humanité donc, non encore advenue. Si ce n'est à l'état de malentendu.

Une autre voie sacrée, mère nature, dit que le saut de conscience d'un seul membre d'une espèce, est engrammé dans l'inconscient de l'espèce entière : ce que l'un apprend, l'espèce l'apprend, dans le temps d'une génération. Elle dit aussi que toute proposition novatrice a une influence globale, intégrée dans tous ses règnes par l'ensemble du vivant. C'est valable pour les cristaux, les mésanges, les étoiles de mer et les champs de blé, les bactéries et les chimpanzés…

Que « l'homme » soit encore à naître n'est pour ce qui me concerne, pas une surprise. C'est une proposition concrète, que je m'emploie à vérifier.