- « Si tu décides d’être l’ami de quelqu’un, tu peux aussi décider de ne plus l’être, ou bien est-ce alors que ton amitié n’est pas véritable ? »

 

- Je vais te parler d’une amitié.

D’abord tu traces une ligne, qui démarque et départage. Entre d’un côté ce que tu estimes digne de toi, de tes valeurs de ton attention. Et de l’autre ce que tu n’apprécies pas, ce que tu juges non conforme et non souhaitable.

Puis avec lui ou elle il y a ce contact. L’autre est-il du bon, ou du mauvais côté de la ligne ? Si c’est oui il se fait un élan, et un contrat, tu tends alors un paquet joliment ficelé : « Tiens ça fais-moi plaisir, et prends-en grand soin c’est précieux, c’est parce que nous le valons bien ». Toi tu empoches le paquet tendu en échange, de calibre comparable car ce doit être un rapport d’égalité.

S’ensuit une histoire faite de gâteaux partagés aux saveurs variées, et c’est si bon ! Vous nourrissez des sentiments, de loin en loin tu t’enquiers « ce paquet l’as-tu toujours ? N’oublie pas c’est un peu de moi que je t’ai offert ». Cela peut durer toute une vie, quand les ficelles sont trop usées on les remplace par de plus grosses, ça renforce les liens. Pour mille raisons valables il peut arriver que tu veuilles récupérer ton investissement, l’autre a franchi la ligne : « Je me suis trompé tu m’as trompé, tu as failli, trahi, déçu. Si tu ne peux me payer de respect alors ce bien dont tu abuses, je le reprends, tu ne le mérites plus ».

Cette relation tu la vois ?

 

- « Oui. »

 

Eh bien ce n’est pas de celle-ci dont je veux te parler !

Je voudrais te parler d’un lien sans besoin, mais dont le cœur pourtant est l’exigence. Une exigence d’une douceur implacable exercée envers toi seul.

Je voudrais te parler d’un lien sans demande, et qui pourtant fait réponse inconditionnelle. Une responsabilité pleine, indivisible, pour tout ce qui émane de toi comme pour tout ce que tu reçois, voilà qui dicte la portée de cette réponse.

Et dans ce mouvement de gratitude rendue à chacune des consciences qui te porte et que tu portes, tu te souviens que tu habites des terres sur lesquelles le soleil ne se couche jamais. Alors tu peux trouver la force, d’être l’ami.

Cela répond-t-il à ta question ?

 

(Conversations digitales 2003/2005)