Inévitables, ces ornières qui se creusent sur les chemins tout tracés. S'il n'y a pas de martingale connue pour éviter les ornières, en sortir suppose toujours quelques désagréments. Ces désagréments et les risques qui vont avec, ne peuvent être sincèrement envisagés que si le confort relatif du fond de l'ornière est ressenti comme un désagrément plus fort encore.

 

Le guerrier suit une voie. La sienne.

La sienne veut dire pour commencer : pas celle d'un autre.

Pas celle que d'autres auraient tracée pour lui.

Pas celle de l'un ou l'autre de ces personnages préconstruits, dont il aurait appris à endosser le rôle.

 

Ce qui implique en premier lieu, qu'il sorte des sentiers battus. Sortir des sentiers battus, c'est n'avoir devant soi, plus aucun chemin.

Qu'il ose seulement trois pas et la végétation se referme, et la route sûre n'est plus qu'un souvenir. Trois pas encore, et le chemin est derrière. Le chemin est toujours derrière, dans les quelques pas qui vont de là où il était, à là où il est. Jamais plus, jamais devant, jamais plus loin que le pas suivant. Le pas fait ne présume en rien du pas à venir. Ni sécurité, ni garantie, ni ligne droite vers l'horizon. Des possibles, indéfinis. Est-ce cela qu'ils appellent : le poids de la liberté ?

 

Le guerrier suit sa voie. Il épouse la voie qui est la sienne.

Conjonction de l'impérieuse nécessité d'un être unique, et de l'unique nécessité de l'être.

 

Accord

universel-intime

par où se fonde l'unité

le chemin n'est pas tracé

il se déroule

en soi.

 

Le guerrier est la voie.

Sans route il n'est plus de distance.

Sans la direction qu'impose l'idée du chemin, comment pourrait-il se perdre ?

 

3-D