15 juin 2019

PAUVRE CRITON

Je crains avoir été un peu dur avec Criton.

L'ami fidèle, témoin de la dernière heure du dernier jour. Cher Criton pour qui furent mes derniers mots, qui m'adjurait de fuir en beuglant comme un veau. La coupe à la main, prêt pour le coup de l'étrier, je crois bien l'avoir un peu expédié. Mais quoi ! À l'homme à la plus extrême pointe du dénuement, qui pour l'idée qu'il se fit de son intégrité est sur le point de s'ôter la vie, voudra-t-on bien reconnaître le droit à d'autres aspirations immédiates que moucher les nez qui coulent ?

Ce moment comme tant d'autres, a été abondamment relaté par Platon. Comme tant de moments consignés avec talent, et toujours à sa façon. (Quoique comme tant d'autres fois, Platon ne fût pas là. Il était indisposé, et ne participa point au banquet).

Bref, à Criton qui m'exhortait (en résumé) : « Quelle folie, rien ne t'oblige, qu'importe ce jugement inique, qu'importe l'exemple viens-t-en la porte est béante et tout est prêt pour ta fuite », je tins à peu près ce langage :

 

- « Tu es mécontent d’eux ? Tu en fais partie. Tu es d’eux ce qui pèse vers le bien. Tu dois entraîner le reste. Non les juger de l’extérieur. J'en fais partie de même, d'eux tous, juges compris. La sentence, pour quoi la refuserais-je ? Pour un supplément d'heures ? De vie, crois-tu ? Quand en la reniant, c'est moi-même que je renie, ce supplément volé à la vertu n'intéressera qu'un cadavre. Il suffit ! Si je dois mourir c'est que ma vie, justement, est à ce prix. Quand à ceux qui me condamnèrent, ils ont condamné ce me semble, plus qu'un homme : l'amour de la vérité. Et par là, se sont eux-mêmes condamnés. Eux sont morts, pas moi. Sauf si je te suis.

Rends-moi un service : je dois deux coqs à Asclépios, honore ma dette, fais le sacrifice.

Et referme la porte en sortant ! »



Devais-je, au corruptible, sacrifier l'intangible ?

N'en déplaise à mon orphique disciple – quoi qu'il m'ait fait dire – et à sa passion de la dialectique qui l'empêchât de comprendre et rendre compte, jamais je n'ai cru mon âme immortelle.

Pourtant, c'est bien en repoussant la coupe que je l'aurais perdue, mon âme mortelle.

C'est en étant entier, dans ce cas précis en mourant donc, que je l'ai sauvée, mon âme. Ou tout au moins, évité de la perdre.

Mon intégrité.

Certes, pour le temps d'un souffle, d'une expiration sans retour. Non que ce fût facile, mais qu'aurais-je eu besoin de plus ? Avons-nous jamais eu plus ? Que l'indivisible temps du dernier souffle ?

 

1-C

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22 juin 2019

DIALOGUE: LE DOUTE EST INSOUMISSION (3)

(Un homme élégamment vêtu fend l'attroupement)

Anytos : Un instant Socrate ! Je passais et n’ai pu faire autrement qu’entendre votre conversation. Tout comme la moitié de la ville d’ailleurs, tant tu as le verbe haut.

Socrate : Le bonjour à toi aussi, Anytos.

Anytos : Odos est bon public, propre à te conforter dans tes pitreries, mais que répondrais-tu à celui qui, pourvu de sens critique, te dirait que tu es dans l’erreur ?

Soc : Que répondre à celui-là qui me trouvant debout sous la pluie, voudrait m'apprendre que je suis trempé ?

Odos : Rien ?

Soc :Mais j’attendrais la suite, au cas où il pourrait me révéler sur moi-même quelque chose que j'ignore. Et s’il devait s’en révéler capable, j’éprouverais je suppose, ce qu'en pareils cas j'ai toujours éprouvé.

Anytos : À savoir ?

Soc : De la gratitude.

Anytos : …

Soc : Et ?

Anytos : Tu parlais de vainqueur et de vaincu. Quelle caricature ! Mais un homme ne peut-il en dehors de tout rapport de force avec autrui, être convaincu par lui-même et pour lui-même du bien fondé de ce qu’il pense ou énonce ? Du bien fondé de ses choix ? Ce que je signifierais quant à moi par « homme de conviction ».

Soc : Qualité que tu revendiques, Anytos ?

Anytos : De fait, oui. Mais cela ne te dispense pas de répondre.

Soc : Les bruits de la rue t’auront abusé. Je ne parlais pas nécessairement de deux personnes mais bel et bien d’un rapport de force qui, s’il peut certes s’établir entre deux êtres distincts, se déroule de manière semblable en chacun. Examinons ce que tu proposes, veux-tu ?

 

(À suivre)

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LA PELLE DE LA SAGESSE (2)

L’outil pour creuser, je le nomme : question.

La question qui, parce qu’elle obéit à une exigence antérieure à la forme – l’exigence de vérité – peut prendre toutes les formes. Elle obéit dois-je le préciser, de cette obéissance délibérée qu’engendre naturellement le respect, qui ne peut être confondue avec cette fille illégitime de la crainte qu’est la servilité.

Principe premier du respect : ne pas altérer. Ne pas vouloir changer la nature de ce dont on prétend se rapprocher assez, pour le mieux connaître. Ce principe vaut pour l’homme croisé dans la rue, avec qui l’on échange quelques mots. Il vaut pour les relations dites intimes qui traversent des vies entières. Il doit bien valoir pour l’essence cachée des choses.

Si la vérité pouvait être enfermée dans une forme particulière, elle serait contingente, c’est-à-dire dépendante de causes extérieures à elle-même, et deviendrait par là versatile et manipulable. Donc autre chose que la vérité...

D’où il appert que vérité est par essence insaisissable. Puisque respecter la vérité c’est respecter sa nature, qui est d’être insaisissable, alors il n’est de plus haut signe de respect de la vérité que douter. Douter de tout.

C’est donc lorsque je sais ne rien savoir, que je suis le plus fidèle à la vérité.

 

2-C

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DIALOGUE: LE DOUTE EST INSOUMISSION (4)

(À venir)

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REMERCIEMENTS À LA POSTÉRITÉ: LA "QUESTION SOCRATIQUE"

(À venir)

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LES COLONNES DU TEMPLE

Car il en est des idées comme de ces grands arbres fragiles qui, plantés serrés, ont poussé trop vite vers le ciel en futaies bien droites. Que l’un vacille, il en entraîne d’autres dans sa chute. Or la cité n’est pas bâtie seulement sur le roc. Elle est bâtie sur des idées. Là sont les authentiques colonnes du temple.

 

1-D

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NE PAS CONFONDRE: HISTOIRE ET RÉCIT

(À venir)

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DIALOGUE: LE DOUTE EST INSOUMISSION (5)

(À venir)

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AVEC QUELLE LÉGÈRETÉ VOUS AVEZ DISPOSÉ DE MON TEMPS!

(À venir)

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