09 juin 2019

DÉDICACE - AUX AMIS

À vous.

À l'intensité.

À l'alchimie secrète des miracles intimes.

*

A Floria, spécimen rare de louve-hérisson.

Mon aiguillon, qui parle à mon cœur quand ma tête est malade. Pour ne m’avoir permis aucun refuge, pour m’avoir raboté jusqu’à l’os afin que j’apprenne le léger.

Ma promise de mai. Pour les enfants éblouissants que tu as mis au monde. Pour le rire la tendresse la rage et le vent dans les voiles. Qu’il est sportif notre chemin !

*

Aux gais messagers.

A la petite fleur jaune tapie sous les graminées,

Que j’ai surprise à converser d’égal à égal avec le ciel.

 

 

3-A


NE PAS CONFONDRE: VIVRE L'EXPÉRIENCE, ET DIRE L'EXPÉRIENCE

Ne pas confondre, percept et concept.

Ne pas confondre, boire l’hydromel et lorgner le flacon.

 

Le paradoxe se vit. Il n’est pas destiné à l’intellect.

RENCONTRE AVEC...

Je crois qu’il n’y a, dans nos vies si brèves, pas d’heure qui ne passe pour rien. Pas de tressaillements, ni de spectacles anodins. La vie est un champ d’expérience infini. Elle réitère d’instant en instant, avec une constance indéfectible, son invitation au voyage, à la nouveauté, à l’émerveillement. Elle nous propose, à sa manière presque insupportable à force d’être simple, de participer. La vie nous invite – c’est son droit après tout – à être vivants.

Voilà pour la théorie. En pratique, nous savons fort bien nous tenir loin de l’essentiel. Tout est fait pour cela. Il nous faut parfois des chocs pour sortir de notre torpeur.

Des rencontres remarquables.

 

3-A

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... DES HOMMES ET DES FEMMES REMARQUABLES

J’ai peu de souvenirs d’avant. De ces laborieuses claudications tout autour de la terre. Biologiquement parlant, je fonctionnais.

Que dire du reste ?

Physiquement abîmé, psychologiquement ruiné, moralement usé, sexuellement déréglé et mentalement dérouté, je dysfonctionnais à peu près normalement. Bref, mon agonie se portait comme un charme.

 

On dit, c’est un peu convenu, qu’il est des rencontres qui changent une vie.

Ils étaient hommes et femmes remarquables, en des temps remarquables, en des lieux remarquables.

Ils étaient exacts au rendez-vous.

Il est des rencontres qui changent une vie.

Et d’autres qui permettent la vie.

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L'ÉCRITOIRE

Que signifie : acte égoïste ?

N’est-ce pas d’abord pour soi que l’on écrit ?

 

Et je m’aperçois - c’est une bonne chose - que je n’en attends aucune réaction particulière. Il m’importe assez peu d’être lu. Et j’espère presque n’être pas lu trop bien.

L’écriture comme exercice physique. Cœur qui bat, corps en mouvement. Levier. Point d’appui. Faire circuler le sang.

Un seul obstacle, trois fois rien : si c’est uniquement pour moi - un moi rendu alors absurde de n'être concerné que par lui-même... je suis bien-sûr incapable d’écrire un traître mot.

La littérature solitaire m’inspire aussi peu que certaine autre activité qui doit aussi beaucoup à la force du poignet, mais ne fait sens et fruit que quand à deux, c’est au trois qu’on la dédie.

Pour ces raisons, et pour la nécessaire rigueur, seule propre à contraindre une paresse qui ne me laisse aucun loisir, je prends le parti, lecteur, d’imaginer votre existence.

C'est vous, ce ne peut être que vous, qui inspirez ces mots.

Ce Blob est une tentative de clarification. Un chantier en mouvement pris sur mon temps de sommeil et qui durera... ce que dureront les Ides du témoignage, et du grand ménage de printemps.

Il procède aussi d’une ambition secrète, sans mesure : une tentative de poésie. Nul péril à l’avouer attendu que la poésie – du grec poiein : créer – ni vous ni moi ne savons ce que c’est vraiment.

 

Sous cette forme ou sous une autre. Jusqu’à ce que l’hiver, soit là.

 

3-A

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CARNET D'ESQUISSES: EXPLIQUER?

Toute explication qui vise à encourager l’envol de l’esprit plutôt que son engourdissement, ne vaut que par l'invitation qu’elle contient à être dépassée.

 

1-1

FONDS DE TIROIRS: CONJONCTION DES OPPOSÉS

-  « Que manque-t-il à « l’homme ordinaire » pour être plus rapide que ses émotions car celles-ci sont quasi-instantanées, et que faut-il faire pour être dans l’action plutôt que la réaction ? »

 

- Que manque-t-il à « l’homme routinier » ? Rien ! Il est plein.

Que faut-il faire ? Cornedebouc, faire est une réaction !

 

Il n’y a rien à « faire ». Ou alors une chose une seule : ne pas dire non.

Ma voie est celle du oui. Un oui sans conditions. Ce oui à lui tout seul est un paradoxe il ne se décide pas, c’est le non qui se décide. Accepter de vivre, et de mourir, souvent. Accepter de ne plus avoir peur. Et bouger et vibrer mon ange, dans un espace de liberté inconcevable. Cet espace je ne puis le créer mais je peux me battre éventuellement, pour ne pas le restreindre

 

(Conversations digitales 2003/2005)

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15 juin 2019

ITINÉRAIRE D'UN ENFANT GÂTÉ

(C'est l'histoire d'un enfant bizarre.

Il ne m'a pas laissé que des bons souvenirs. Nos chemins ont fini par bifurquer, irrémédiablement.

Au fond je ne sais pas grand-chose de lui, si ce n'est que je tenais à lui. Pour les enfants de sa sorte, pour les abîmés, pour ceux qui sentent au moins confusément, qu'il y a « quelque chose qui cloche là-dedans », je veux dire avant qu'elles ne s'effacent, deux ou trois choses dont je me souviens)

 

*

 

Premiers âges, premières images. Réinventées, peut-être ? Une bassine en plastique bleu, un placard-accordéon clair, une grande porte en fer, l'odeur des oranges à Tizi-Ouzou, grains de semoule, grains de sable, grains de lumière, la lumière-tonnerre du Sahara, l'infini silence-lumière du désert.

Fin du silence.

Premiers babils, premières fractures.

Pour commencer, qu'espérait-il ? La caresse d'une main forte, des fontaines de lait ? Ce n'est pas un souhait excessif, mais c'est rare.

L'enfant a cinq ans. Son premier souvenir net, dans les bras de son père : il ressent le malaise. Pas le sien propre quelque chose de plus vaste, qui l'enveloppe d'un coup. Son corps demande : tout le monde fait-il semblant ?

*

Pas abandonné (au sens évident de ce mot), nourriture, abri, tranquillité, pas frappé, pas violé (au sens évident de ce mot). Ça aussi, c'est rare.

Qu'est-ce qui rend la souffrance légitime, ou seulement justifiable ? Quels sont les critères ?

Symptômes de l'innommé : ses instincts s'agitent, ils se frayent tant bien que mal un passage jusqu'à la surface, en déchirant tout. Ses anticorps font leur boulot, son système immunitaire tout entier rejette un léthé inidentifiable, tant il est partout, a tout contaminé, l'eau, la nourriture, les pensées emmurées, jusqu'aux « je t'aime » murmurés.

 *

L'enfant a sept ans.

Il y a d'abord le désarroi : il est comme un extra-terrestre victime d'une mauvaise blague de GPS intergalactique, qui se serait trompé de planète, étranger aux coutumes, le souvenir de son monde d'origine, perdu, est insaisissable comme un mot oublié qui lui chatouille le bout du cœur. Mais ce n'est pas grave, il y a plus fort que le désarroi.

Il y a la tristesse : c'est un enfant facile, tout le monde le dit, bien aimable et bien sage. Les larmes n'apaisent pas, quand elles coulent vers l'intérieur. Elles lessivent tout en-dedans, font soleil et ciel incolores, forêts et prairies, brûlées par le sel. Parfois ça sort d'un coup, un seul sanglot comme un coup de matraque, un hoquet d'étoiles, l'enfant tombe à genoux. Il se relève, c'est passé. Il n'y a pas de témoins. Mais ce n'est pas grave, il y a plus fort que la tristesse.

Il y a le bruit : un poste radio cassé dans la tête, dialogues emmêlés, tout se mélange. Ce n'est qu'un début, dans quelques années il se tapera la tête contre les murs. Les murs seront ses amis. Mais ce n'est pas grave, il y a plus fort que le bruit.

Il y a la colère : le pourquoi de cette faim de sens inassouvie ? Il convertit ses énergies en colère, une rage si froide qu'elle flétrit tout ce qu'il touche. Il gèle, il devient dur, il se rigidifie parce que c'est le seul moyen qu'il a trouvé pour tenir debout. Et la colère, il la retourne contre lui-même.

*

Tout ça mis ensemble, fait une douleur. Une masse, qui se densifie dans son plexus, elle irradie dans le ventre, dans la gorge, la mâchoire, derrière les yeux.

Et l'importance terrible accordée à la douleur, la tension terrible à écouter la douleur (qu'as-tu à dire ? Parle, mais parle ! Cesse de hurler je n'entends pas), l'espérance terrible aussi, d'un mieux, d'une trêve, tout ça mis ensemble, fait une souffrance.

 *

Il arrive pourtant qu'il sente la lumière, comme on devine le soleil à cette chaleur ténue derrière les paupières closes, serrées très fort, qu'il la sente malgré tout, malgré ce cœur qui habite en hiver.

Il lui faut atteindre l'âge de neuf ans pour accepter l'idée qu'il n'a rien à attendre de ses éducateurs. Leurs réponses, leurs ordres, leurs savoirs ne sont pas vraiment les leurs, et l'enfant n'en a pas l'usage.

Il juge très durement ses géniteurs. Ne sachant par quel bout attraper le tout, il s'en prend à la partie la plus facile. Il se trompe bien-sûr, et peut-être le sait-il. De ce qu'ils appellent « amour », il aura reçu sa part, plus que beaucoup, autant que la plupart. Il s'en prend aux plus proches, qui font comme tout un chacun… ce qu'ils peuvent. Ni plus ni moins. Et lui de même.

Pris entre les pensées sur cintre et la bile amère – le tout pétri de bonne volonté – il leur échappe.

Du père il osera penser : jamais vu une autruche creuser si profond, c'est à peine si on lui voit le croupion ! Ce qu'imprime en lui la mère, il l'exprime... à la mer : vite dans l'eau, plonger, descendre au fond, enfin hurler, se vider de… quoi ? Il ressort, visage lisse, ne pas faire de vagues. Les vagues sont pour le fond. Il aime bien ces sorties à la plage.

*

L'enfant est solitaire. Il ne recherche pas la compagnie. Il n'est pas intégré. Il est aussi peu « intégrable » qu'un caillou dans une sauce au beurre.

Pourtant il essaie. Tel qu'il ressent le monde, quelque chose ne va pas, quelque de chose de très important mais il ne sait pas dire quoi, et il a l'impression d'être le seul que ça tarabuste. Mais quelles sont les probabilités d'avoir raison contre les autres ? Tous les autres ? Faibles, beaucoup trop de zéros après la virgule. Ce doit être lui forcément, qui va mal. On lui confirme : il est accident, anomalie, intelligence pervertie. Ce qui rajoute encore un paquet de zéros après la foutue virgule. Alors oui, il essaie.

Un philosophe indien a dit: "ce n'est pas un signe de bonne santé que d'être bien adapté à une société profondémént malade". L'eût-il su, il l'aurait traduit à peu près comme suit: "être inadapté à un monde inadapté n'est pas une maladie"... Mais il n'est pas au courant. Pour l'heure il est coupable d'être né, et sa bonne santé lui cause quelques soucis.

À l'adolescence, il perd doucement pied. Il coule, sans appeler à l'aide, inutile, sur le navire ni canot ni bouée. La noyade passe inaperçue. Pas complètement pourtant, une main se tend, miraculeuse, une main de papier : Zarathoustra. L'enfant comprend seulement, que ce sont les premières paroles sensées qui lui aient jamais été adressées, il pleure de joie, c'est la première fois. Il n'est pas malade. Il n'est plus seul.

*

Ce vertige, assis sagement dans la cabine d'un routier transnational, sac aux pieds, le gros moteur diesel martèle la route. Devant son nez, la vitre épaisse qui fait barrage à l'horizon, il la connaît bien. Ce n'est pas celle du camion. « Admets-le, sois raisonnable : tu es fou ». Et un rire : « Oui ! ». Muni de ce bagage il part.

L'enfant a treize ans, il part.

Vers le nord, vers l'est, un peu le sud aussi. Loin des terres mortes. Vers l'océan, les pôles, les villes, les cimes, les déserts. Il n'est pas courageux, oh non, juste inconscient.

 

Il est perdu pour les territoires des hommes et leurs frontières. Il est perdu pour la cité des hommes, il le sait, et ça l'enchante.

Son enfance est à venir.

 

 

3-B

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AU MUR DES TOILETTES: LOS CAMINOS QUE TIENEN CORAZON

Para mi solo recorrer
los caminos que tienen corazón,
cualquier camino que tenga corazón.
Por ahí yo recorro, y la única prueba que vale
es atraversar todo su largo.
Y por ahí yo recorro
mirando, mirando,
sin aliento.
Sin aliento...
*
(Pour moi seuls méritent d'être suivis
les chemins qui ont du cœur,
tout chemin ayant du cœur.
Ainsi je chemine, et la seule chose qui vaille
est de l'arpenter dans toute sa longueur.
Et c'est ainsi que je vais,
les yeux grands ouverts, observant,
à en perdre le souffle.
À en perdre le souffle...)

PRÉFACE À RENCONTRE D'UNE VIE (EXTRAITS)

« Il faut bien tenter de se rejoindre. Il faut bien essayer de communiquer avec quelques-uns de ces feux qui brûlent de loin en loin dans la campagne. »

(Saint-Exupéry – Terre des hommes)

 

*

 

Il faut bien tenter, de dire l’indicible. S’il est un choix à faire entre se résigner ou accepter, entre l’à-quoi-bon et le pourquoi-pas, alors essayer est un geste nécessaire. Et tu essayes, mon ami, dans une langue si simple qu’elle s’adresse même – devrais-je dire surtout ? – aux enfants.

 

Longtemps j’ai cherché l’homme. Sous tous les vents, à la croisée de cent peuples, dans le reflet des miroirs, de l’homme je n’ai trouvé au mieux que la moitié apeurée. Colère et mépris, brouillard et peine immense, de tel alliage était, aussi loin qu’il m’en souvienne, l’enclume fidèle qui oppressait ma poitrine, sur laquelle nulle lame propre à trancher ne pouvait être forgée.

Au détour de quinze années d’errance je me cognai à ton ombre. Dans l’évidence de la rencontre, je me souvins brièvement que nous nous connaissions déjà. Une note et un silence au creux d’une partition plus vaste que nous, écrite toute entière au-dedans de nous. Sous l’écorce de la peau faite de la poussière et de la mémoire même des pierres il est un seul sang et dans ce sang une seule eau, dont le murmure ténu nous dit une source. Le chant de cette source était notre langage commun, en est-il besoin d’autre ? Ainsi après l’errance je sus qu’était venu le temps du voyage immobile : ne plus chercher enfin, mais se laisser trouver.

Et tant à désapprendre !

 

Car ce n’est point l’homme que je vis ce jour là, mais juste son doigt. Et c’eût été illusion encore, que de croire l’homme caché derrière. Et c’eût été malentendu aussi, que d’attendre direction de ce doigt pointé, comme un panneau dans lequel tomber.

Au bord d’un pays sans chemin, rien de plus qu’un jalon discret. Rien de moins, que l’affirmation de tous les possibles.

[…]

Nature, « ce qui naît »… Et tel qui aspire à naître, ne peut s’enfanter que de lui-même. Connaître, « naître avec » … Et si comme l’explique M. en ces pages, le savoir est à la connaissance ce que l’imperméable est à la pluie, il n’est alors qu’à se souvenir, que tout est déjà là…

[…]

Il n’est pas assez de distance entre nous, Rônin, pour exprimer des remerciements. Cette gratitude qui s’éprouve, qui nous lie, n’est pas affaire de personnes elle perdrait de son sens à se dire. Tout simplement, elle se respire… Qu’importe le bruit des pas accomplis. Ce n’est pas soi que l’on raconte. L’histoire est prétexte pour le témoin à évoquer ce qu’il ne peut ni ne doit définir, et qui occupe tout l’espace entre les mots.

Voici une histoire.

Voici l’homme, et son amour.

 

*

 

« Ainsi l’essentiel du cierge n’est point la cire qui laisse des traces, mais la lumière. »

(Saint-Exupéry – Citadelle)

 

3-B

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