09 juin 2019

DÉDICACE - A DJEBE, DJOCHI, KADA'AN

À Djebe, Djochi, Kada’an.

Mes flèches incandescentes. Dans le profond de votre chair tuez-moi bien proprement, dispersez les morceaux, que rien ne reste qui puisse alourdir votre vol.

A mes petits-enfants, pour tout ce que je n’aurai pas le temps de transmettre. Mais rien ne se perd...

 

1-A

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FONDS DE TIROIRS: TANGO

Chaque jour

Chaque heure

Je lutte

Pour garder au rêve qui est le mien, assez de vie assez d'élan.

Je danse, avec des forces d’anéantissement immenses.

Je rêve un monde

Et ce monde

Je le porte.

 

Mon rêve est puissant. C’est le rêve d’une espèce à naître. Il ne m'appartient pas. Mais ce rêve est mon chemin, et ce chemin je l’invente à chaque pas.

 

Ceux qui portent en eux ce genre de rêve, sont liés entre eux par des liens qui n’entravent pas, des liens dont la matière est liberté, qui ne souffrent aucune frontière. Leur relation n’est pas faite de besoins.

 

(Conversations digitales 2003/2005)

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PASSAGER CLANDESTIN

Dire ce qui ne peut l'être…

Gros malin !

Bien-sûr que tu ne sais comment faire.

Cela ne peut advenir qu'à ton insu.

 

Passager clandestin.

 

Écho de l'envers, poussière légère.

L'écho

Est plus réel que les briques des mots.

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DES AILES POUR DEMAIN

Ne dis pas à l’enfant qu’il est l’avenir.

Pourquoi le charger de ce poids ?

Dis-lui plutôt ce que tu vois :

Un présent.



Extraordinaire.



Et pour le reste ?

Commence si tu le peux

Par ne pas lui raconter des salades.

 

1-A

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CARNET D'ESQUISSES: L'EAU VIVE

Naïf, est celui qui espère enfermer l’eau vive dans la coupe de ses mains.

Que dire alors de celui qui croit que ce faisant, il aura fait sienne la vérité du torrent ?

1-B

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FONDS DE TIROIRS: RETOUR AUX SOURCES

-  « Je sens aussi en moi cette tendance : celle du retour au vide, à la source. » 

 

- L’appel de la source pour moi est affaire d’instinct. Puissions-nous y mettre la même détermination que le saumon, pour lequel c’est une question de vie ou de mort. Pas forcément la sienne, d’ailleurs. La même nécessité dans l’effort, la même ruse à contourner l’obstacle, la même joie à obéir au souvenir de ce qu’il ne connaît pas encore. Puissions-nous surtout témoigner de l’amour de la rivière, qui sans compassion permet au saumon de se surmonter.

 

-  « Qui êtes-vous ? Comment avez-vous compris ce que vous exprimez ? Vos mots me semblent… comment dire ?... Ils me touchent. » 

 

- Là, je suis embêté !

Puisque je me « connais » tout juste assez pour savoir que j’ignore qui je suis, je ne puis vous proposer une identité, seulement une démarche. Je suis un homme qui tente de ne péter, ni plus haut ni plus bas que son derrière. Je suis cette vie passée à polir un esprit dans le frottement d’avec les choses, afin qu’il puisse rendre le plus grand des services à sa portée : se faire transparent...

Je suis un homme de paix, pour cela je mène une guerre sans trêve à ma stupidité crasse. Je n’exprime que ce que je vis, un lien de communication, dans l’état le plus grossier de la matière comme dans ses manifestations subtiles et surprenantes.

Je suis un chasseur de contradictions.

Je suis cet enfant reconnaissant qui marche vers sa mère, les mains vides de toute morale, honneur ou devoir, occupé seulement à être attentif.

 

- « Les mains vides de toute morale honneur ou devoir... »

 

- C’est ce que je viens de dire, oui (sourire). Cela vous choque ?

 

 (Conversations digitales 2003/2005)

 

1-B

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NOSTALGIE DU FUTUR

Ce n’est pas projet pour ce qui sera.

Ce n’est pas désir de ce qui devrait être.

Ce n’est pas hypothèse de ce qui pourrait être.

Non plus regret, de ce qui aurait pu être.

Ce n’est ni rêverie ni fantasme, ni idéal, ni espérance.

 

Nostalgie du futur ?

Pauvres, pauvres petits mots.

Oxymoron de pacotille !

 

C’est une trace peut-être, ou un appel.

Souvenir ?

Alors un souvenir si fluet,

que l’imagination peine à le capturer dans ses filets.

Souvenir sans images, et sans objet.

Une pulsation à basse fréquence, qui déchire la trame des jours.

Sensation épastrouillante d’être... ensemencé,

par ce qui est.

 

La perception linéaire du temps, d’où est déduit le principe de causalité, postule que le passé conditionne le futur. Le concept d’intrication quantique suggère que le futur modifie le passé.

 

Tous les possibles en germe.

Déjà advenus à la fois.

Deux blocs en mouvement

qui poussent

l’un contre l’autre.

Se glisser entre.

Vloup ! Être aspiré dans un instant.

D'éternité.

 *

« Il traîne dans sa chair une nostalgie puissante, sans pouvoir la nommer, car enfin peut-on être nostalgique de ce qui est à venir ? »

(Préface à: Rencontre d’une vie)

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AU MUR DES TOILETTES: SUR LA PEUR (MOTS D'ENFANT)

Une centrale nucléaire qui explose, une guerre continuant par tradition, un monde sombrant dans le chaos, des humains qui n'en sont pas, une araignée géante, une chose infinie, la Matrice, la folie humaine, la Terre qui décide que ça suffit, la Terre qui prend sur elle jusqu'à en mourir, être seule au milieu des autres, peur que ça ne soit déjà trop tard, survivre mais ne pas vivre.

 *

Mort et vie

Vie et bonheur

Bonheur, malheur et illusion

Trois chevaux galopant dans la plaine

Le vent qui glisse sur la peau

Une bouffée de vie

La peur n'existe plus.

 *

Quand notre esprit n'est plus encombré, quand on est là, tout simplement, quand on sent qu'on est au bon endroit au bon moment, quand on est dans ce fragile état de bien-être, quand on a ce petit coucher de soleil intérieur, on n'a plus aucune raison d'avoir peur.

 *

Quand il était arrivé dans cette petite ville où régnait la famine, il n'avait pas tardé à se faire accepter, puis écouter.

Quand il avait demandé pourquoi tout le monde le bombardait ainsi de questions, on lui avait dit qu'il rassurait les gens. Pourquoi ? Il l'ignorait.

Alors qu'il passait sur une butte, une voix jaillit de la foule :

- Parle-nous de la peur !

Il se tourna vers les gens. Il commençait à s'habituer à ce genre de choses.

- Toute peur rapporte à la mort, lança-t-il suffisamment fort pour que tout le monde entende. Et si nous avons peur de mourir, c'est parce que nous avons peur de vivre. C'est dans notre nature d'êtres humains. De tout temps, l'homme a eu peur de vivre.

Pourtant, toute personne a des couchers de soleil intérieurs, des moments où elle est en accord, des moments où toute peur disparaît. Quand on est dans ces moments-là, nous n'avons plus peur de vivre, et donc plus peur de mourir, et donc plus peur du tout. Vie et mort sont au fond la même chose : on ne peut pas vivre si on ne meurt pas, et on ne peut pas mourir si on ne vit pas. Dans ce que je vous donne, prenez ce que vous jugez bon, ne prenez pas le reste. Je n'ai dit que ce que je pensais vrai, mais je ne peux prétendre détenir la vérité. Celui qui dit cela est la dernière personne à écouter.

Sur ce, il s'éloigna.

 

(Kada'an, 13 ans, 2017/Textes atelier d'écriture, thème : la peur)

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22 juin 2019

FONDS DE TIROIRS: ET POURQUOI PAS?

- « Peut-être que la question de vivre dans le monde tel qu’il est je ne me la pose pas, ce que je vois c’est que nous avons des tas de réflexes négatifs et quelque soit le monde autour c’est pareil. J’aime bien chercher pourquoi j’ai ces maudits réflexes. »

 

 

Et où traces-tu la limite mon ami, entre le monde autour de toi et le monde dans toi ? Ces «maudits réflexes» sont incrustés dans la matière même de nos songes, en leur abdiquant notre cœur nous gagnons le précieux pouvoir de contraindre, de prendre. Ces maudits réflexes, font le monde tel qu’il est.

 

Parce que le monde le permet.

 

On a le monde, qu’on se permet.

Voyons jusqu’où nous pouvons accepter cela.

Et dans ce geste tendre de vie, à quelle inédite promesse nous nous permettrons de naître.

 

Est-ce le vent qui porte l’oiseau, ce vent qui ébouriffe ses plumes, qui chuchote la tempête, ou l’aile qui, ployant, fait le vent ?

 

(Conversations digitales 2003/2005)

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