07 juin 2019

HANTE ICI, SOCRATE!

On n’habite pas impunément les légendes d’un peuple, pendant si longtemps.

Est-ce cette satanée ciguë que je digère mal, ou le goût plus fort encore, de l’inaccompli, qui me retient ici ? Je ne suis jamais parti vraiment. Je suis toujours là. Sans trop savoir pourquoi.

Mais pourquoi pas ? La simple flamme d’une bougie si elle est fixée trop longtemps, laisse même éteinte une empreinte tenace. Moi j’étais hanté, par une flamme inextinguible. Ne soyez donc pas surpris si, bien qu’ayant fait sa sortie, vous voyez à la tombée du jour le hanté hanter à son tour ! Juste retour de balancier.

De mon vivant déjà quelques indices troublants me rendaient incertain d’exister vraiment, et si j’en juge par la diversité des interprétations que ma personne a laissée dans les mémoires, je ne suis pas le seul ! Socrate est foule…

J’étais ce visage laid, forcément laid, ce trouble-fête qui déambule aux carrefours, à la seule fin de brouiller le reflet des certitudes. Me voilà esprit qui passe, non, moins encore : vapeur, qui condense en buée sur le miroir entre vôtre âme et le monde sensible. Non point par malice. C’est l’unique moyen dont je dispose pour rappeler la présence du miroir. En ai-je jamais eu d’autre ? Voici que finalement je donne raison à ce coquin d’Aristophane : Socrate est nuée…

Mais voilà, l’on s’émeut facilement. A la moindre chaleur elle s’évapore, et tout est à recommencer. Rien n’est dit qui n’ait déjà été dit des millions de fois. Pourtant – fol entêtement à refuser l’extinction définitive des lumières ! – pourtant, je ne crois pas que cela soit tout à fait en vain.

Posté par socrateenliberte à 00:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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